La complexité du plaisir: Ce que le BDSM contribue à la sexualité (Partie 2)

Pourquoi dit-on du BDSM qu’il s’agit d’un jeu? Nous allons le découvrir aujourd’hui. Si vous n’avez pas lu le précédent blog à ce sujet, on vous invite tout de suite à le faire. En guise de rappel, l’acronyme BDSM signifie bondage, discipline, sado masochism, domination, submission, slave and master. Mêlant jeux de rôles et accessoires divers, le BDSM vise l’exploration de la sensorialité et du psychisme, c’est-à-dire l’intersection entre ce que le corps ressent et ce que l’esprit vit ; au moyen de pratiques s’étendant du plaisir à la douleur. La question du pouvoir est également centrale : nombreux scénarios BDSM se fondent sur une dynamique de domination et soumission, où les partenaires adoptent des rôles précis pour parvenir à une intimité et une satisfaction sexuelle élevées. Si le BDSM se mérite un blog en deux parties, c’est qu’il s’agit d’un univers et d’une forme de sexualité complexe, riche en apprentissages et en opportunités. Cette sexualité créative encourage à nous ouvrir à nos désirs et à les communiquer honnêtement, ainsi qu’à développer des habiletés sexuelles qui, en fin de compte, se transposent merveilleusement bien aux autres formes de sexualité. Alors, en avant avec l’analyse! Au menu aujourd’hui : les codes et les vertus qui régissent ces mystérieux jeux.

Derrière la domination, la tendresse…

Bien qu’à première vue un tel contrôle sur la vie d’autrui puisse paraître malsain, les jeux BDSM se fondent sur le plaisir de toutes les personnes impliquées. L’entièreté des paramètres d’une relation Master-slave – ou tout autre type de scénarios kinky – sont préalablement établis et soigneusement consentis par les deux partis. Le BDSM, par-dessus tout, relève de la fiction. C’est un jeu de fantaisie et d’imaginaire : dans la réalité, chacun.e des partenaires possède un véritable pouvoir et une réelle individualité leur permettant de mettre fin au jeu à n’importe quel moment, quelle que soit la raison. Cet élément est particulièrement enseignant : il révèle une culture de bienveillance et de consentement qui est fondamentale à la sexualité BDSM.

Le BDSM est en jeu, parce qu’il se déploi à partir d’un scénario balisé. Tout repose sur la communication honnête, les ententes et les compromis. C’est un terrain circonscrit, doté de tout un système mis en place pour assurer la sécurité et la dignité des personnes y prenant part. Oubliez les représentations populaires et sensationnalistes, qui dépeignent le BDSM selon une transgression extrême. Dans les faits, un.e bon.ne partenaire de jeu est informé.e, attentif.ve, sensible aux besoins et à l’épanouissement de l’autre. Les ententes prises et les limites imposées sont soigneusement étudiées, et c’est un véritable devoir de les respecter. Telles sont les valeurs du BDSM : avec les interactions sexuelles, viennent des responsabilités sexuelles. Il faut le voir comme une sorte de contrat : les deux partis trouvent un équilibre agréable et apprennent à jouer confortablement à l’intérieur du terrain consenti. Les adeptes qui assument le rôle de dominant.e seront les premier.ères à vous le dire : être un.e dom, c’est offrir un cadeau à l’autre. C’est un

gage d’affection et un honneur : on assouvit ses fantasmes, tout en lui offrant un espace d’exploration qui se veut rassurant et sécuritaire. Similairement, les personnes soumises comprennent elles aussi que leurs partenaires dominant.es, derrière leur rôle intrépide, sont des humain.e.s avec une histoire, des besoins, des craintes et des limites. Ce contrat va ainsi dans les deux sens : chacun.e prend soin de l’autre et ensemble, créent des codes et des règles qui les guideront.

Si vous considérez vous initier au BDSM, voici votre guide de base sur les codes et systèmes cruciaux à intégrer à votre expérience :

1. Good pain VS bad pain
La distinction entre les « bonnes » et « mauvaises » douleurs est essentielle. Ce système invite toustes les partenaires impliqué.e.s à identifier préalablement quelles sont les sensations recherchées (le pincement d’une fessée, les égratignures des ongles) et tout ce qui peut causer du déplaisir (une morsure, une gifle). Tout le monde aura une liste différente, d’où l’importance de ne jamais négliger cet exercice. Il est ici question de consentement sexuel, d’intégrité physique et mentale. Pour ainsi dire, un.e partenaire qui ne serait pas intéressé.e à apprendre ces particularités n’est pas digne de confiance.

2. Traffic light system
Cet outil s’inspire des feux de circulation pour offrir des pistes sur l’évolution du jeu et garantir un consentement maintenu. Le code « vert » signifie que le jeu se déroule comme prévu et qu’une escalation est souhaitée. Le code « jaune » exprime le fait de continuer avec précaution. Évidemment, le code « rouge » indique un arrêt immédiat. Bien sûr, rien ne vous empêche de créer des codes personnalisés qui traduisent avec plus de nuance la complexité de vos états et de votre subjectivité. Cela dit, ce code couleur est fortement conseillé : il a le mérite d’être clair, universel et facile pour la mémoire, surtout lorsqu’un scénario empêche de communiquer dans le détail. N’oubliez pas que chacun d’entre vous avez la responsabilité de vérifier l’état de l’autre pour la durée du scénario.

3. Les safe words et les safe movements
Parce que les mots « non » ou « stop » prennent parfois un autre sens lors du jeu de rôle, le safe word permet d’éviter tout malentendu et de mettre fin au jeu lorsqu’il y a besoin. Que vous préfériez « tulipe », « cannelle » ou « koala », l’important est de choisir un mot dont le sens ne puisse être mésinterprété. Parce que certaines pratiques limitent la parole, l’utilisation d’un safe movement est aussi indispensable. Celui-ci doit correspondre à un signal d’arrêt précis et visible : un claquement de doigt, un poing fermé et levé en l’air… N’importe quoi qui puisse être accessible et reconnaissable.

4. Aftercare
L’aftercare réfère à tous les soins et l’affection qui suivent après les jeux. Certaines pratiques étant éprouvantes mentalement et physiquement, l’aftercare comprend tant les soins affectifs comme les câlins et les mots de bienveillance que les soins corporels, tels qu’appliquer une crème hydratante, partager un verre d’eau, se doucher, etc. Tout dépend de vos besoins et préférences ; d’où l’importance de discutez et re-discutez préalablement. Enfin, il peut être utile de déterminer une séquence de soins spécifiques lorsqu’une scène se termine en raison d’un code rouge : si l’un.e des partenaires se retrouve bouleversé.e ou lésé.e, mieux vaut avoir un plan adéquat pour lui venir en aide.

Dit simplement, Le BDSM repose entièrement sur l’existence et le respect des limites. C’est vraiment l’élément clé. Avec de tels systèmes, on assure un filet de sécurité fiable et sans équivoque. C’est sans oublier que les désirs et les besoins mutent au fil du temps : prenez soin de valider, en continu, que les ententes et les codes s’alignent toujours avec vos réalités mutuelles.

Faite place à l’expertise : les leçons du BDSM

Dans une culture qui mise sur la spontanéité sexuelle – pensez aux scènes de films où les acteurices se sautent dessus et font l’amour parfaitement sans prononcer un mot – le BDSM nous rappelle que le consentement, c’est sexy. Savoir communiquer et pleinement inclure l’autre dans l’interaction sexuelle, c’est lui montrer que nous tenons à son bien-être et que nous sommes une personne sûre. C’est en fait ça, la réalité. Personne ne sait magiquement comment l’autre se sens ou quoi faire exactement, et le BDSM nous rappelle que ce n’est pas honteux. Non, la communication ne brime pas du tout l’érotisme. C’est une habileté à pratiquer, certes, mais nous pourrions même aller jusqu’à dire que l’utilisation de tels systèmes contribue au lien de confiance. Et ça, en bout de ligne, ça confère au jeu toute l’intimité et le sentiment de sécurité qui constituent eux aussi des éléments essentiels au plaisir et à l’excitation.

Ça peut sembler complexe, mais c’est en fait précisément ce qui manque aux autres formes de sexualité. Je m’explique. Avec l’absence d’éducation à la sexualité et la croyance que le sexe est intuitif, le BDSM démontre en fait à quel point la sexualité est un apprentissage. Parce que ses adeptes ont cherché à aller plus loin, il s’en est développé une approche très savante. C’est la culture du consentement enthousiaste, où celui-ci est compris sous toutes ses nuances et valorisé sous toutes ses formes. C’est l’approche préventive, où l’information et le savoir sont les meilleurs alliés aux pratiques saines, sécuritaires, amusantes. Au-delà des prouesses, le BDSM célèbre les habiletés sexuelles comme le fait de bien connaître ses désirs et ses limites, et la capacité à exprimer et affirmer ceux-ci. C’est le fait de faire l’amour en conscience : de soi, de l’autre, des risques et de toute la richesse de l’expérience. Voilà la leçon la plus notable. Peu importe vos préférences et votre type de sexualité, l’approche BDSM s’y prête et peut être bénéfique. Après tout, toute sexualité fait appel à l’empathie, l’altruisme, l’échange. Toute sexualité a besoin de dialogue, de consentement enthousiaste, de responsabilité. Et même lorsque nos pratiques sont vanilles, il y a de quoi s’inspirer de la générosité de l’aftercare.

Si le pouvoir est quelque chose d’exaltant, une autre et précieuse leçon du BDSM est qu’il n’appartient à aucun genre. Parmi cet univers, le pouvoir peut être échangé à tout vent et il n’y a pas d’apriori sur les rôles sexuels. Ce n’est ni plus ni moins à l’homme d’être fort et de dominer, comme il n’en tient pas à la femme d’être fragile et de « recevoir ». Le renversement de cette structure est particulièrement transformatrice. C’est aussi une belle opportunité d’empowerment pour les personnes issues de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres. S’affranchir des rôles traditionnels, c’est s’ouvrir à un potentiel sexuel infini et parfois beaucoup plus authentique. Qui êtes-vous et que désirez-vous, lorsque les préconceptions tombent?

Le BDSM regorge de créativité et nous enseigne que la sexualité est quelque chose de vaste, malléable. Savez-vous ce que sont les scripts sexuels? Cette théorie sociologique et sexologique met en lumière le fait qu’une culture et une époque possèdent des mœurs et des croyances sur la sexualité, qui influencent littéralement la manière dont la population fait l’amour. Nombreux des scripts sexuels populaires prônent la sexualité « normative », c’est-à-dire hétérosexuelle, qui commence par l’érection, se prolonge par la pénétration et se termine par l’éjaculation. Le BDSM rejette l’idée qu’il y ait une seule façon de faire, que la sexualité soit si chorégraphiée. Il nous propose plutôt une recette où le plaisir peut dépasser la génitalité et trouver son comble dans le fait d’être holistique, sensoriel, psychologique, relationnel. En intégrant toutes ses dimensions à son répertoire, le BDSM devient une sexualité où le rapport à soi, l’intimité et l’érotisme sont encouragés et renforcés. Si la sexualité est partie intégrante de l’expérience humaine, la santé et l’épanouissement sexuels sont des aspects de l’identité humaine tout aussi important à investir.

Une sexualité réfléchie

Le BDSM, finalement, ne repose pas uniquement sur les accessoires extravagants et les mises en scènes élaborées. S’il a longtemps été réduit à un ensemble de pratiques semblant tordues, ce que la communauté espère aujourd’hui faire comprendre au public, c’est l’esprit empathique et spécialisé qui orchestre ce style de vie. Parce que l’exploration et la variété donnent une saveur à la vie, le BDSM nous rappelle de chérir cette soif de la découverte ; tout en conscience.

← Previous post

Next post →

1 Comment

  1. Herrera

    Merci pour ce blog . Je m’intéresse a cette pratique j’ai 56 ans et je considère etre attire par la domination. Cette article a répondue a toutes mes questions.merci infiniment

Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Verified by MonsterInsights