– Un concours de photo ? Tu ne peux pas y penser sérieusement amore. Je ne suis même pas vraiment photographe.

Imogen fait mine de vouloir frapper Alessandro.

– C’est de loin ce que tu fais de mieux. Regarde-toi à prendre des photos au lieu de profiter de ce merveilleux dîner entre amoureux !

Les jeunes amoureux ont installé une nappe de pique-nique improvisé à l’arrière d’un vieux cimetière de Deptford. L’heure des visites respectables est passée depuis un moment. Mais Imogen et Alessandro ont sauté par-dessus le mur assez peu haut qui sépare le jardin de la route. Il fait encore jour, bien qu’il soit assez tard. Les nuages laissent passer des myriades de rayons de soleil qui criblent l’herbe du cimetière de tâches d’or – et les amants peuvent apprécier la tiédeur des soirées d’été.

Imogen maugréé un peu contre les junkies et les soiffards de Deptford, qui risquent à tout moment de surgir dans leur cachette, repère bien connu des gens de cette espèce. Mais heureusement, le repas se déroule sans encombre. Alessandro a installé un appareil photo dernier cri sur un pied métallique et il prend des photo pendant qu’Imogen sirote son vin rouge.

– Je ne suis pas photographe de mode chérie. Et je ne suis pas sûr de vouloir me faire connaître comme tel.

– Mais il faut bien se faire connaître un jour ! Soupire Imogen. Et c’est un concours d’«art» aussi.

– On pourrait peut-être faire ça en commun ? Tu fais les retouches, ou quelque chose comme ça ? Ce serait plus amusant. Et cela tourmenterait moins mon âme d’artiste.

– Tu y penses sérieusement ?

Alessandro fait la proposition comme un «as a matter of fact». Mais en entendant cette proposition Imogen a les joues qui s’empourprent de plaisir. Alessandro la regarde avec attendrissement. Imogen a toujours l’air d’une femme trop mûre pour son âge. Mais lorsqu’elle a entendu la proposition, elle a eu l’air d’une petite fille ouvrant un cadeau de Noël.

Il la trouve ravissante ce soir. Elle porte une sorte de robe kimono satinée violette avec un liserai jaune pâle brodé de fleurs délicates. C’est une version bien plus moderne du kimono traditionnel, bien plus sexy, avec des manches tombantes, élargies en bas et qui flottent au vent, des épaules libres et une jupe qui s’arrête à mi-cuisses. Juste une évocation du kimono en fait.

Aujourd’hui, Imogen a lâché sa chevelure de sirène et la laisse onduler jusqu’au bas de son dos. Alessandro passe la main sur la cambrure de ses reins, de telle manière qu’Imogen se cambre comme une chatte.

– Pratique cette robe, pour glisser les mains un peu partout, hein ? C’est un des tous derniers modèles de Chicks & chic. Il a été inspiré par des shunga japonais. Tu sais ce que c’est je suppose ?

– Tu veux dire les estampes érotiques ? J’en ai vu quelques une à une exposition. J’ai un catalogue avec ce fameux dessin d’Hokusai, celui avec les poulpes, tu vois lequel c’est ?

– Ah oui ! Le type qui a dessiné la collection, un weirdo comme la plupart des gens de la mode, a passé des mois entouré de ces estampes pour dessiner la collection. Il y avait des poses pour tous les goûts. ET cette estampe avec les poulpes. Tu sais, il m’a montré les textes au-dessus des personnages de l’estampe. Ces poulpes parlent ! Comme dans des bandes dessinées japonaises – et ils disent des choses affreusement salaces ! Gosh !

Imogen rit.

– J’imagine un peu le genre de commentaire que le poulpe peut faire, dit Alessandro en mimant le poulpe remontant le long des jupes d’Imogen.

Imogen pousse un cri perçant.

– Tu ne peux pas échapper à mon étreinte, déclame Alessandro d’une voix voulue monstrueuse. Tu n’es qu’une pauvre jeune femme toute vulnérable…

La jeune femme se débat faiblement contre son agresseur qui lui retire sa culotte en renversant le vin rouge et le bol de chips dans son élan.

– Toute à ma merci…, soupire l’agresseur en passant sa langue sur le triangle chaud et velouté de la jeune femme qui s’immobilise aussitôt comme si on l’avait paralysée. Poor little pussy tout innocent…

Et il lèche à pleine langue, avec une lenteur et une fermeté délibérée, jusqu’à ce que la victime laisse échapper un gémissement.

– Tu reconnais ton impuissance, misérable humaine  ?

Imogen se débat encore avec juste assez de conviction pour être crédible. Les paroles d’Alessandro ont quelque chose de délicieusement embarrassant, salissant… et excitant. Elle se sent l’envie de rire et de rougir et de gémir tout à la fois.

– Abandonne-toi sans discourir à ton plaisir. Je sais que tu ne peux pas y résister.

Et la langue du jeune italien se fait plus précise, même si le coup de langue conserve toute sa fermeté. Le bout tout chaud remonte vers le bouton écarlate déjà gonflé de plaisir, il s’y attarde un instant, juste suffisamment pour faire bouillir Imogen de plaisir, pas assez longtemps pour la satisfaire totalement. Car la langue Alessandro redescend soudainement entre les grandes lèvres toutes ouvertes pour lui et il les avale tout entières avant de s’enfoncer entre elles.

Imogen glapit et sursaute à chaque coup de langue. Alessandro relève la tête un instant et aperçoit son visage aux pommettes rouges tout dévoré de plaisir. Dès qu’elle s’aperçoit qu’elle est observée, Imogen donne un coup de pied à son agresseur.

– Cela va faire une pièce de plus à notre collection amore. Décidément, tu auras été ma plus grande source d’inspiration.

Il prend le pied de l’appareil photo et le ramène vers eux. Il tourne l’appareil dans leur direction et effectue quelques réglages sur l’engin.

– Nous avons quelques minutes pour te faire jouir, je pense.

Il se saisit à nouveau de sa compagne dont il entrouvre la robe. Une raie de chair rose apparaît, tachée de velours sombre en bas. Imogen est encore décoiffée de sa dernière agression. L’idée d’être prise en photo est à la fois terrifiante et délicieuse.

– Tu ne vas pas photographier mon visage  ?

– Oh si  ! Je veux garder un souvenir de toi entièrement gagnée par le plaisir.

Il ouvre les cuisses réticentes de la jeune femme et reprend là où il s’était arrêté. Bientôt, le bas du dos d’Imogen se balance au même rythme qu’Alessandro entre et sort la pointe de sa langue.

La jeune femme gémit.

– ‘Sandro, viens en moi en même temps que tu me caresses !

Alessandro ne peut résister à cet appel. Il attrape Imogen et colle ses fesses contre lui en même temps que, de l’autre main, il continue à la caresser. Imogen pousse un gémissement étouffé. Sa jupe est relevée juste au-dessus de ses fesses, sa robe béante laisse toute possibilité au jeune homme de se saisir de ses parties intimes. Le jeune artiste entend le bipbip annonçant la prise de vue et il se fait aussi lascif qu’il le peut.

Au moment où le flash fait disparaître le décor de croix et de couronnes de fleur sous un voile blanc, Imogen pousse un dernier soupir de délice.

– Voilà de la poésie  ! Se dit Alessandro. La vie et la mort, la volupté et le tombeau tout en même temps.

 

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